11 Rue St Lazar
Adèle rentre chez elle seule, à pied, après une longue journée de travail. Il est 1h du matin. Les bars environnants déversent leur musique et leurs rires dans la rue endormie. Elle marche d'un pas fatigué mais régulier. Elle est au téléphone avec son amie. L'atmosphère est ordinaire, presque banale jusqu’à ce qu’une voiture ralentisse pour finir à son niveau. À son bord, deux hommes d’une vingtaine d’années. Leur ton est amical, leurs arguments bien rodés dans l’intention de la convaincre à monter. Ils semblent s'inquiéter pour elle, une fille seule la nuit, ce n'est pas prudent. Polie mais prudente, elle tente de décliner. Soudainement, la porte s'ouvre brutalement, elle est saisie par le bras, son corps tiré à l'intérieur. Son téléphone tombe sous un siège. La voix de son amie, inquiète, continue de parler dans le vide. La voiture s’éloigne peu à peu vers des rues moins fréquentées. Les cris se mélangent à la musique de la radio. Après en avoir terminé avec elle, ils la laissent sur un trottoir plus loin. La portière claque et le moteur s'éloigne. Adèle reprend sa marche mais ses pas sont plus irréguliers, sa respiration saccadée entrecoupée par ses sanglots. Un accouphène envahit l'espace sonore, recouvrant l'indifférence du monde qui ne s’est pas arrêté. Puis le silence s'installe, définitivement.
